|
Souhaitez vous partager
le Savoir? Il vous suffit
d'un PC, d'un micro et de
votre Voix. Rejoignez l'équipe,
contactez nous. |

Loading ...
Réflexions morales
Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés
I
Ce que nous prenons pour des vertus n’est souvent qu’un assemblage de diverses actions et de divers intérêts que la fortune ou notre industrie savent arranger, et ce n’est pas toujours par valeur que les hommes sont vaillants et que les femmes sont chastes.
II
L’amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
III
Quelque découverte que l’on ait faite dans le pays de l’amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.
IV
L’amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.
V
La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie.
VI
La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles.
VII
Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont représentées par les politiques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d’ordinaire les effets de l’humeur et des passions. Ainsi la guerre d’Auguste et d’Antoine, qu’on rapporte à l’ambition qu’ils avaient de se rendre les maîtres du monde, n’était peut-être qu’un effet de jalousie.
VIII
Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infaillibles, et l’homme le plus simple, qui a de la passion, persuade mieux que le plus éloquent qui n’en a point.
IX
Les passions ont une injustice et un propre intérêt, qui fait qu’il est dangereux de les suivre, et qu’on s’en doit défier, lors même qu’elles paraissent raisonnables.
X
Il y a dans le cœur humain une sorte de génération perpétuelle de passions; en sorte que la ruine de l’une est presque toujours l’établissement d’une autre.
XI
Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires : l’avarice produit quelquefois la prodigalité et la prodigalité l’avarice; on est souvent ferme par faiblesse, audacieux par timidité.
XII
Quelque soin que l’on prenne de couvrir ses passions par des apparences de piété et d’honneur, elles paraissent toujours au travers de ces voiles.
XIII
Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions.
XIV
Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir des bienfaits et des injures; ils haïssent même ceux qui les ont obligés, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages. L’application à récompenser le bien, et à se venger du mal, leur paraît une servitude à laquelle ils ont peine de se soumettre.
XV
La clémence des princes n’est souvent qu’une politique pour gagner l’affection des peuples.
XVI
Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble.
XVII
La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur.
XVIII
La modération est une crainte de tomber dans l’envie et dans le mépris que méritent ceux qui s’enivrent de leur bonheur; c’est une vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la modération des hommes dans leur plus haute élévation est un désir de paraître plus grands que leur fortune.
XIX
Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui.
XX
La constance des sages n’est que l’art de renfermer leur agitation dans le coeur.
XXI
Ceux qu’on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un mépris de la mort qui n’est en effet que la crainte de l’envisager. De sorte qu’on peut dire que cette constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux.
XXII
La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir. Mais les maux présents triomphent d’elle.
XXIII
Peu de gens connaissent la mort. On ne la souffre pas ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume; et la plupart des hommes meurent parce qu’on ne peut s’empêcher de mourir.
XXIV
Lorsque les grands hommes se laissent abattre par la longueur de leurs infortunes, ils font voir qu’ils ne les soutenaient que par la force de leur ambition, et non par celle de leur âme, et qu’à une grande vanité près les héros sont faits comme les autres hommes.
XXV
Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise.
XXVI
Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement.
XXVII
On fait souvent vanité des passions même les plus criminelles; mais l’envie est une passion timide et honteuse que l’on n’ose jamais avouer.
XXVIII
La jalousie est en quelque manière juste et raisonnable, puisqu’elle ne tend qu’à conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous appartenir; au lieu que l’envie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres.
XXIX
Le mal que nous faisons ne nous attire pas tant de persécution et de haine que nos bonnes qualités.
XXX
Nous avons plus de force que de volonté; et c’est souvent pour nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles.
XXXI
Si nous n’avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres.
XXXII
La jalousie se nourrit dans les doutes, et elle devient fureur, ou elle finit, sitôt qu’on passe du doute à la certitude.
XXXIII
L’orgueil se dédommage toujours et ne perd rien lors même qu’il renonce à la vanité.
XXXIV
Si nous n’avions point d’orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres.
XXXV
L’orgueil est égal dans tous les hommes, et il n’y a de différence qu’aux moyens et à la manière de le mettre au jour.
XXXVI
Il semble que la nature, qui a si sagement disposé les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné l’orgueil pour nous épargner la douleur de connaître nos imperfections.
Publié par
Dominique Collard le 10 juin 2007

Loading ...
Bernard Lamarche-Vadel, né en 1949 et mort le 2 mai 2000 à Saint-Sulpice, est un poète et écrivain français.
Biographie
Poète et auteur de nouvelles, il a composé une œuvre considérable et remarquée de critique d’art dans les années 1970, et en créant la revue Artistes (1979). Des revues comme L’Infini, Perpendiculaire, Ligne de risque ou Le trait se firent également l’écho de sa vision de l’art. Spécialiste d’Arman, de Tapiès, de Pierre Klossowski, il fut aussi le propagateur de l’œuvre de Joseph Beuys en France. Il est le conseiller artistique de la galerie Piltzer (1975), et organisa notamment une rétrospective Pablo Picasso au Metropolitan Museum de Tokyo (1977). C’est l’exposition Finir en beauté (qu’il organisa en 1981) qui le mènera vers la photographie. B.L-V était également un grand collectionneur d’art. Il se donne la mort en 2000 dans son château de la Rongère, laissant derrière lui cinq enfants dont Rebecca Lamarche-Vadel, présidente de l’association Art Effect, qui promeut l’art, sous tous ses aspects (photos, peintures, film…) auprès des jeunes.
Personnage de roman
Lamarche-Vadel, qui est devenu personnage de roman dans Le désespoir du singe de Danielle Robert-Guédon. Désigné par les initiales B.L-V c’est le portrait fascinant d’un solitaire, cloîtré dans son château de Mayenne, entouré de ses chiens, et de quelques visiteurs, vivant par l’art, pour l’art de la littérature. Danielle Robert-Guédon fait une description quasi amoureuse de l’écrivain. B.L-V devient, par la souffrance que chaque page laisse transparaître, le symbole de la création littéraire, la métaphore de l’artiste, détruit par son art.
Extrait de l’article Bernard_Lamarche-Vadel de Wikipedia
Publié par
Lesia Pietri le 4 juin 2007

Loading ...
Naissance : 24 octobre 1932 Paris
Décès : 18 mai 2007 (à 74 ans) Orsay
Nationalité : Française
Profession : Physicien (Prix Nobel de physique)
Pierre-Gilles de Gennes, né le 24 octobre 1932 à Paris, mort le 18 mai 2007 à Orsay, était un physicien français, prix Nobel de physique en 1991 « pour avoir découvert que des méthodes développées pour l’étude des phénomènes d’ordre dans les systèmes simples peuvent être généralisées à des formes plus complexes de la matière, en particulier aux cristaux liquides et aux polymères liquides ». Ses travaux ont généré de très nombreuses études relevant tant de la physique et de la physico-chimie fondamentales que des sciences appliquées.
Biographie
Il naît à Paris d’un père médecin et d’une mère infirmière, il perd son père à l’âge de 9 ans et passe son enfance à Barcelonnette dans les Alpes de Haute-Provence suite à des problèmes pulmonaires. Sa mère assure son éducation à la maison jusqu’à l’âge de onze ans. Il commença ses études supérieures à l’École normale supérieure de Paris et en sortit en 1955. Il travailla ensuite comme ingénieur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique. Il obtient en 1957 son doctorat ès sciences : sa thèse porte sur les aspects théoriques de la diffusion des neutrons dans les milieux magnétiques. De 1961 à 1971, Pierre-Gilles de Gennes est professeur à la Faculté des sciences d’Orsay et en 1971, il est nommé professeur au Collège de France. C’est à cette période qu’il s’oriente vers la chimie.
Il poursuit des travaux remarquables sur les phénomènes d’ordre dans des milieux complexes. L’importance de ces travaux lui vaudra d’être nommé Membre de l’Académie des sciences en 1979 et d’être reconnu comme l’un des pionniers de ce que lui même désigne souvent comme la physico-chimie de la matière molle. En 1980, il reçoit la médaille d’or du CNRS. Ses contributions marquantes dans des domaines très variés (magnétisme, supraconductivité, cristaux liquides, polymères, mouillage etc.) lui ont valu le prix Nobel de physique en 1991.
Ce scientifique d’exception a été le premier à s’attaquer à des problèmes de transition ordre-désordre dans des matériaux aussi complexes que les polymères, les gels, les cristaux liquides et plus récemment la matière granulaire.
Directeur honoraire de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, Pierre-Gilles de Gennes déteste les barrières qui entravent la quête de la connaissance. Partisan de l’interdisciplinarité, sensible aux applications industrielles, ce professeur au Collège de France passe d’un sujet à l’autre avec un égal bonheur. Il a rejoint l’Institut Curie pour aborder le domaine des systèmes du vivant et la compréhension des mécanismes cellulaires, en particulier ceux intervenant dans la mémoire.
À côté de cette activité de recherche du plus haut niveau, Pierre-Gilles de Gennes consacre une part importante de son temps à l’enseignement et à partager avec les jeunes de très nombreuses écoles et lycées, son enthousiasme pour la recherche scientifique. Après son prix Nobel, il visitera ainsi plus de 200 lycées en France. Il était un grand pourfendeur de la langue de bois ou du langage académique, il n’hésitait pas à critiquer les écoles ou les institutions portées uniquement sur la théorie, recommandant ainsi aux professeurs de l’Éducation nationale de faire des stages en entreprises ou ne trouvant pas l’enseignement de Polytechnique assez pragmatique.
Il a également reçu le 24 janvier 2007 la Mention Spéciale Enseignement Supérieur du Prix Roberval pour le livre Gouttes, bulles, perles et ondes coécrit avec David Quéré et Françoise Brochard-Wyart.
Adepte de la pluridisciplinarité, et prônant le rapprochement de la recherche et de l’industrie, il débutera à 70 ans, des recherches en biologie à l’Institut Curie.
Le lycée technologique de Digne-les-Bains porte ainsi son nom depuis 1998 et Pierre-Gilles de Gennes a aussi inauguré une place ainsi qu’un terrain de jeux à son nom, à Orsay, sa ville d’adoption, le 9 décembre 2006.
Pierre-Gilles de Gennes est mort le 18 mai 2007 à l’âge de 74 ans.
Publié par
François Collard le 23 mai 2007

Loading ...
Pierre Dac
Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
André Isaac dit Pierre Dac (né le 15 août 1893 à Châlons-sur-Marne et mort le 9 février 1975 à Paris) était un humoriste et comédien français.
Parcours
D’origine modeste, Pierre Dac vivra, après la « Grande guerre », de petits métiers sur le pavé parisien.
Dans les années 1930, il devient chansonnier au cabaret de la Lune rousse, à Montmartre; Sarvil lui écrit de nombreux textes pour ses spectacles.
En 1938, il fonde L’Os à Moelle, organe officiel des loufoques, une publication irrégulière et humoristique au nom inspiré par Rabelais et par son père boucher (le mot loufoque vient de l’argot des bouchers, le louchébem, et signifie fou).
Il a pour collaborateurs le chansonnier Robert Rocca, les dessinateurs Jean Effel, Moisan, etc.
Dès son premier numéro il annonce la constitution d’un « Ministère loufoque », dont les portefeuilles ont été distribués « au Poker Dice ». Ses petites annonces vendent de la pâte à noircir les tunnels, des porte-monnaie étanches pour argent liquide, des trous pour planter des arbres, etc.
Le monde de cette époque pratiquant un style différent de loufoquerie, le journal disparut en mai 1940.
Il reparaîtra épisodiquement, sous la férule du maître, vers 1965, avec des talents nouveaux comme René Goscinny (Les aventures du facteur Rhésus) et Jean Yanne (Les romanciers savent plus causer français en écrivant).
Devenu l’humoriste des émissions en français de Radio Londres à partir de 1943, il y parodie des chansons à la mode pour brocarder le gouvernement de Vichy. On lui doit le slogan célèbre : « Radio Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » sur l’air de la Cucaracha, chant révolutionnaire d’Amérique latine.
Lorsque, le 10 mai 1944, Philippe Henriot, sur Radio-Paris, s’en prend aux Juifs français réfugiés à Londres, pour qui la France ne compterait pas, Pierre Dac, dans un discours lapidaire, répond que son frère, décédé au front lors de la Première Guerre mondiale a bien sur sa tombe l’inscription « mort pour la France », alors que sur celle de Philippe Henriot on écrirait « mort pour Hitler, fusillé par les Français ». Cette réponse fut prémonitoire : Henriot sera abattu par la résistance 15 jours plus tard.
Après la guerre, il forme avec Francis Blanche un duo auquel on doit de nombreux sketches (dont l’hilarant Sar Rabindranath Duval, et un feuilleton radiophonique, diffusé de 1956 à 1960 sur Europe 1, Signé Furax auquel la France entière est suspendue. Plus tard, entre 1965 et 1974, en compagnie de Louis Rognoni, Pierre Dac crée la série Bons baisers de partout (740 épisodes), une hilarante parodie des séries d’espionnage des années 1960, diffusée sur France Inter.
Il a été surnommé par certains le « Roi des Loufoques », par son aptitude à traquer et créer l’absurde à partir du réel. Son texte Le biglotron fut souvent cité par les amateurs de dépédantisation. Une de ses inventions majeures, le Schmilblick, « ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout. Il est rigoureusement intégral ! ». Le mot Schmilblick sera repris par Guy Lux pour un jeu télévisé, puis par Coluche pour une parodie de ce jeu restée célèbre.
En 1965, il se déclare candidat à la présidentielle de 1965, soutenu par le MOU (Mouvement ondulatoire unifié). A la demande de l’Élysée, l’ancien résistant renonce et abandonne sa campagne.
Malgré le succès, Pierre Dac était resté un homme modeste, presque effacé. Il est mort dans la plus grande discrétion. La mort, avait-il dit, c’est un manque de savoir-vivre.
Citations
Quelques-unes de ses citations :
* Né à Delhi, de petite taille et d’un caractère paisible, c’était un nain doux.
* Ô lac! Suspends ton vol et me donne un baiser. ( Lamartine cité de mémoire )
* Le Sar dine à l’huile. (Cf. sketch cité plus haut)
* Celui que la fumée n’empêche pas de tousser et que la toux n’empêche pas de fumer a droit à la gratitude de la Régie française des Tabacs.
* Il est démocratiquement impensable qu’en république il y ait encore trop de gens qui se foutent royalement de tout.
* Si la fortune vient en dormant, ça n’empêche pas les emmerdements de venir au réveil.
* La constipation, c’est quand la matière fait cale.
* Ceux qui pensent à tout n’oublient rien et ceux qui ne pensent à rien font de même puisque ne pensant à rien ils n’ont rien à oublier.
* Le sarcastique et prophétique proverbe qui dit : « Rira bien qui rira le dernier » gagnerait à être ainsi modifié : « Quand celui qui rit le dernier a bien fini de rire, personne ne rigole plus ».
* Quand on ne travaillera plus les lendemains de jours de repos, la fatigue sera enfin vaincue.
* Psychanalyse : Il faut tuer le père, mais on ne doit pas piétiner le cadavre.
* Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir.
* Entre une semelle de crêpe et un double-crème il n’y a que la différence qui existe entre les choses qui n’ont aucun rapport entre elles.
* L’orgue de Barbarie est à la figue du même nom ce que la trompette bouchée est au cidre.
* Rien de ce qui est fini n’est jamais complètement achevé tant que tout ce qui est commencé n’est pas totalement terminé.
* Tranquillement suspendu la tête en bas au fond de la grotte, un chauve sourit. (note manuscrite non utilisée)
* Ce n’est pas parce que l’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.
et, pour conclure :
* Avec le mot « si » on peut faire tout ce qu’on ne peut pas faire.
Proposition de publicité (non retenue)
* De la pomme au rectum, un seul savon, CADUM.
Bibliographie
* Arrière-pensées et maximes inédites
* Essais, maximes et conférences
* Les meilleures petites annonces de l’Os à moelle
* Les Pensées
* Du côté d’ailleurs…
* … et réciproquement

* Une partie des épisodes de Signé Furax ont été repris en CD : Le Boudin sacré, Le Gruyère qui tue et La Lumière qui éteint chez EPM.
Ponctuations musicales : Orchestre symphonique de Fulda
Publié par
François Collard le 22 mai 2007

Loading ...
Certain Ours montagnard, Ours à demi léché,
Confiné par le sort dans un bois solitaire,
Nouveau Bellérophon vivait seul et caché :
Il fût devenu fou ; la raison d’ordinaire
N’habite pas longtemps chez les gens séquestrés :
Il est bon de parler, et meilleur de se taire,
Mais tous deux sont mauvais alors qu’ils sont outrés :
Nul animal n’avait affaire
Dans les lieux que l’Ours habitait ;
Si bien que tout Ours qu’il était
Il vint à s’ennuyer de cette triste vie.
Pendant qu’il se livrait à la mélancolie,
Non loin de là certain vieillard
S’ennuyait aussi de sa part.
Il aimait les jardins, était Prêtre de Flore,
Il l’était de Pomone encore :
Ces deux emplois sont beaux ; Mais je voudrais parmi
Quelque doux et discret ami.
Les jardins parlent peu ; si ce n’est dans mon livre ;
De façon que, lassé de vivre
Avec des gens muets notre homme un beau matin
Va chercher compagnie, et se met en campagne.
L’Ours porté d’un même dessein
Venait de quitter sa montagne :
Tous deux, par un cas surprenant
Se rencontrent en un tournant.
L’homme eut peur : mais comment esquiver ; et que faire ?
Se tirer en Gascon d’une semblable affaire
Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.
L’Ours très mauvais complimenteur,
Lui dit : Viens-t’en me voir. L’autre reprit : Seigneur,
Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire
Tant d’honneur que d’y prendre un champêtre repas,
J’ai des fruits, j’ai du lait : Ce n’est peut-être pas
De Nosseigneurs les Ours le manger ordinaire ;
Mais j’offre ce que j’ai. L’Ours l’accepte ; et d’aller.
Les voilà bons amis avant que d’arriver.
Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble ;
Et bien qu’on soit à ce qu’il semble
Beaucoup mieux seul qu’avec des sots,
Comme l’Ours en un jour ne disait pas deux mots
L’Homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.
L’Ours allait à la chasse, apportait du gibier,
Faisait son principal métier
D’être bon émoucheur, écartait du visage
De son ami dormant, ce parasite ailé,
Que nous avons mouche appelé.
Un jour que le vieillard dormait d’un profond somme,
Sur le bout de son nez une allant se placer
Mit l’Ours au désespoir, il eut beau la chasser.
Je t’attraperai bien, dit-il. Et voici comme.
Aussitôt fait que dit ; le fidèle émoucheur
Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur,
Casse la tête à l’homme en écrasant la mouche,
Et non moins bon archer que mauvais raisonneur :
Roide mort étendu sur la place il le couche.
Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi.
Jean de La Fontaine, Fable X, Livre VIII.
La musique (sous licence Creative Commons) vient du site de Daniel Bautista.
Publié par
François Collard le 18 mai 2007

Loading ...
Deux vrais amis vivaient au Monomotapa ;
L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre.
Les amis de ce pays-là
Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.
Une nuit que chacun s’occupait au sommeil,
Et mettait à profit l’absence du soleil,
Un de nos deux amis sort du lit en alarme ;
Il court chez son intime, éveille les valets
Morphée avait touché le seuil de ce palais.
L’ami couché s’étonne, il prend sa bourse, il s’arme,
Vient trouver l’autre et dit : Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme
À mieux user du temps destiné pour le somme :
N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?
En voici. S’il vous est venu quelque querelle,
J’ai mon épée ; allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle
Était à mes côtés : voulez-vous qu’on l’appelle ?
Non, dit l’ami ; ce n’est ni l’un ni l’autre point :
Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m’êtes, en dormant, un peu triste apparu :
J’ai craint qu’il ne fût vrai ; je suis vite accouru.
Ce maudit songe en est la cause.
Qui d’eux aimait le mieux ? Que t’en semble, lecteur ?
Cette difficulté vaut bien qu’on la propose.
Qu’un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même :
Un songe, un rien, tout lui fait peur,
Quand il s’agit de ce qu’il aime.
Jean de La Fontaine, livre VIII, fable 11
Introduction musicale : toccata de Farina par les Filles de Sainte-Colombe. Enregistrement disponible à Magnatune.
Publié par
François Collard le 12 mai 2007

Loading ...
Le Lion, pour bien gouverner,
Voulant apprendre la morale,
Se fit un beau jour, amener
Le singe, maître ès arts chez la gent animale.
La première leçon que donna le régent
Fut celle-ci : Grand roi, pour régner sagement,
Il faut que tout prince préfère
Le zèle de l’État à certain mouvement
Qu’on appelle communément
Amour-propre (1) ; car c’est le père,
C’est l’auteur de tous les défauts
Que l’on remarque aux animaux.
Vouloir que de tout point ce sentiment vous quitte,
Ce n’est pas chose si petite
Qu’on en vienne à bout en un jour :
C’est beaucoup de pouvoir modérer cet amour.
Par là votre personne auguste
N’admettra jamais rien en soi
De ridicule ni d’injuste.
— Donne-moi, repartit le roi,
Des exemples de l’un et l’autre.
— Toute espèce, dit le docteur,
Et je commence par la nôtre
Toute profession s’estime dans son cœur,
Traite les autres d’ignorantes,
Les qualifie impertinentes ;
Et semblables discours qui ne nous coûtent rien.
L’amour-propre, au rebours, fait qu’au degré suprême
On porte ses pareils ; car c’est un bon moyen
De s’élever aussi soi-même.
De tout ce que dessus j’argumente très bien
Qu’ici-bas maint talent n’est que pure grimace,
Cabale, et certain art de se faire valoir,
Mieux su des ignorants que des gens de savoir.
L’autre jour, suivant à la trace
Deux ânes qui, prenant tour à tour l’encensoir
Se louaient tour à tour, comme c’est la manière, (2)
J’ouïs que l’un des deux disait à son confrère :
Seigneur, trouvez-vous pas bien injuste et bien sot
L’homme, cet animal si parfait ? Il profane
Notre auguste nom, traitant d’âne
Quiconque est ignorant, d’esprit lourd, idiot :
Il abuse encore d’un mot,
Et traite notre rire, et nos discours de braire.
Les humains sont plaisants de prétendre exceller
Par-dessus nous. Non, non ; c’est à vous de parler,
A leurs orateurs de se taire :
Voilà les vrais braillards. Mais laissons là ces gens :
Vous m’entendez, je vous entends ;
Il suffit. Et quant aux merveilles
Dont votre divin chant vient frapper les oreilles,
Philomèle est, au prix novice dans cet art ;
Vous surpassez Lambert (3). L’autre baudet repart :
Seigneur, j’admire en vous des qualités pareilles.
Ces ânes, non contents de s’être ainsi grattés,
S’en allèrent dans les cités
L’un l’autre se prôner : chacun d’eux croyait faire,
En prisant ses pareils, une fort bonne affaire,
Prétendant que l’honneur en reviendrait sur lui.
J’en connais beaucoup aujourd’hui,
Non parmi les baudets, mais parmi les puissances,
Que le Ciel voulut mettre en de plus hauts degrés,
Qui changeraient entre eux les simples Excellences,
S’ils osaient, en des Majestés.
J’en dis peut-être plus qu’il ne faut, et suppose
Que Votre Majesté gardera le secret.
Elle avait souhaité d’apprendre quelque trait
Qui lui fît voir, entre autre chose,
L’amour-propre donnant du ridicule aux gens.
L’injuste aura son tour : il y faut plus de temps.
Ainsi parla ce singe. On ne m’a pas su dire
S’il traita l’autre point, car il est délicat ;
Et notre maître ès arts, qui n’était pas un fat (4),
Regardait ce lion comme un terrible sire.
La Fontaine (livre XI, Fable V)
(1) L’amour-propre : terme essentiel chez les moralistes et les mystiques du XVIIe siècle. Le sens est plus fort et plus spécifique qu’aujourd’hui ; c’est l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu pour les mystiques, l’amour de soi-même et de toutes choses pour soi, selon La Rochefoucauld. On l’appelle aussi “cupidité”, donnant à ce dernier mot un sens qu’il n’a plus du tout aujourd’hui. Voyez par exemple les Moralistes du XVIIe siècle de Jean Lafond. Remarquez comme cette fable aborde une question politique sous l’angle de la morale, et vous aurez mieux compris l’esprit classique.
(2) Conformément au proverbe Asinus asinum fricat (l’âne gratte l’âne), dont l’apologue conté par le singe est une amplification.
(3) Lambert : Le fameux chanteur et compositeur Michel Lambert (1610-1696), le beau-père de Lully. La Fontaine l’admirait beaucoup (voir le Songe de Vaux)
(4) Un fat : un sot. Là encore, le sens a évolué depuis l’époque classique.
Musique : Buxtehude, sonate op. I n° 2. Ensemble Vermillian. Disponible à Magnatune.
Publié par
François Collard le 10 mai 2007

Loading ...
La princesse ainsi travestie
De chez la sage fée à peine fut sortie,
Pendant la fraîcheur du matin,
Que le prince qui pour la fête
De son heureux hymen s’apprête,
Apprend tout effrayé son funeste destin.
Il n’est point de maison, de chemin, d’avenue
Qu’on ne parcoure promptement;
Mais on s’agite vainement,
On ne peut deviner ce qu’elle est devenue.
Partout se répandit un triste et noir chagrin;
Plus de noces, plus de festin,
Plus de tarte, plus de dragées;
Les dames de la cour, toutes découragées,
N’en dînèrent point la plupart;
Mais du curé sur tout la tristesse fut grande,
Car il en déjeuna fort tard,
Et qui pis est n’eut point d’offrande.
L’infante cependant poursuivait son chemin,
Le visage couvert d’une vilaine crasse;
A tous passants elle tendait la main,
Et tâchait pour servir de trouver une place;
Mais les moins délicats et les plus malheureux
La voyant si maussade et si pleine d’ordure,
Ne voulaient écouter ni retirer chez eux
Une si sale créature.
Elle alla donc bien loin, bien loin, encore plus loin.
Enfin elle arriva dans une métairie
Où la fermière avait besoin
D’une souillon, dont l’industrie
Allât jusqu’à savoir bien laver des torchons
Et nettoyer l’auge aux cochons.
On la mit dans un coin au fond de la cuisine
Où les valets, insolente vermine,
Ne faisaient que la tirailler,
La contredire et la railler;
Ils ne savaient quelle pièce lui faire,
La harcelant à tout propos;
Elle était la butte ordinaire
De tous leurs quolibets et de tous leurs bons mots.
Elle avait le dimanche un peu plus de repos
Car, ayant du matin fait sa petite affaire,
Elle entrait dans sa chambre et tenant son huis clos,
Elle se décrassait, puis ouvrait sa cassette,
Mettait proprement sa toilette,
Rangeait dessus ses petits pots.
Devant son grand miroir, contente et satisfaite,
De la lune tantôt la robe elle mettait,
Tantôt celle où le feu du soleil éclatait,
Tantôt la belle robe bleue
Que tout l’azur des cieux ne saurait égaler,
Avec ce chagrin seul que leur traînante queue
Sur le plancher trop court ne pouvait s’étaler.
Elle aimait à se voir jeune, vermeille et blanche
Et plus brave cent fois que nulle autre n’était;
Ce doux plaisir la sustentait
Et la menait jusqu’à l’autre dimanche.
J’oubliais de dire en passant
Qu’en cette grande métairie
D’un roi magnifique et puissant
Se faisait la ménagerie,
Que là, poules de barbarie,
Râles, pintades, cormorans,
Oisons musqués, canes petières
Et mille autres oiseaux de bizarres manières,
Entre eux presque tous différents,
Remplissaient à l’envie dix cours toutes entières.
Le fils du roi dans ce charmant séjour
Venait souvent au retour de la chasse
Se reposer, boire à la glace
Avec les seigneurs de sa cour.
Tel ne fut point le beau céphale :
Son air était royal, sa mine martiale
Propre à faire trembler les plus fiers bataillons.
Peau d’Ane de fort loin le vit avec tendresse,
Et reconnut par cette hardiesse
Que sous sa crasse et ses haillons
Elle gardait encore le coeur d’une princesse.
“Qu’il a l’air grand, quoiqu’il l’ait négligé,
Qu’il est aimable, disait-elle,
Et que bienheureuse est la belle
A qui son coeur est engagé !
D’une robe de rien s’il m’avait honorée,
Je m’en trouverais plus parée
Que de toutes celles que j’ai.”
Un jour le jeune prince errant à l’aventure
De basse-cour en basse-cour,
Passa dans une allée obscure
Où de Peau d’Ane était l’humble séjour.
Par hasard il mit l’oeil au trou de la serrure :
Comme il était fête ce jour,
Elle avait pris une riche parure
Et ses superbes vêtements
Qui, tissus de fin or et de gros diamants,
Egalaient du soleil la clarté la plus pure.
Le prince au gré de son désir
La contemple et ne peut qu’à peine,
En la voyant, reprendre haleine,
Tant il est comblé de plaisir.
Quels que soient les habits, la beauté du visage,
Son beau tour, sa vive blancheur,
Ses traits fins, sa jeune fraîcheur
Le touchent cent fois davantage;
Mais un certain air de grandeur,
Plus encore une sage et modeste pudeur,
Des beautés de son âme assuré témoignage,
S’emparèrent de tout son coeur.
Trois fois, dans la chaleur du feu qui le transporte,
Il voulut enfoncer la porte;
Mais croyant voir une divinité,
Trois fois par le respect son bras fut arrêté.
Dans le palais, pensif il se retire,
Et la nuit et le jour il soupire;
Il ne veut plus aller au bal
Quoiqu’on soit dans le carnaval.
Il hait la chasse, il hait la comédie,
Il n’a plus d’appétit, tout lui fait mal au coeur;
Et le fond de sa maladie
Est une triste et mortelle langueur.
Il s’enquit quelle était cette nymphe admirable
Qui demeurait dans une basse-cour
Au fond d’une allée effroyable,
Où l’on ne voit goutte en plein jour.
“C’est, lui dit-on, Peau d’Ane, en rien nymphe ni belle
Et que Peau d’Ane l’on appelle,
A cause de la peau qu’elle met sur son cou;
De l’amour c’est le vrai remède,
La bête en un mot la plus laide,
Qu’on puisse voir après le loup.”
On a beau dire, il ne saurait le croire;
Les traits que l’amour a tracés,
Toujours présents à sa mémoire,
N’en seront jamais effacés.
Cependant la reine sa mère,
Qui n’a que lui d’enfant, pleure et se désespère;
De déclarer son mal elle le presse en vain,
Il gémit, il pleure, il soupire,
Il ne dit rien, si ce n’est qu’il désire
Que Peau d’Ane lui fasse un gâteau de sa main;
Et la mère ne sait ce que son fils veut dire.
“O ciel ! Madame, lui dit-on,
Cette Peau d’Ane est une noire taupe
Plus vilaine encore et plus gaupe
Que le plus sale marmiton.
– N’importe, dit la reine, il faut le satisfaire,
Et c’est à cela seul que nous devons songer.”
Il aurait eu de l’or, tant l’aimait cette mère,
S’il en avait voulu manger.
Peau d’Ane donc prend sa farine
Qu’elle avait fait bluter exprès
Pour rendre sa pâte plus fine,
Son sel, son beurre et ses oeufs frais;
Et pour bien faire sa galette,
S’enferme seule en sa chambrette.
D’abord elle se décrassa
Les mains, les bras et le visage,
Et prit un corps d’argent que vite elle laça
Pour dignement faire l’ouvrage
Qu’aussitôt elle commença.
On dit qu’en travaillant un peu trop à la hâte,
De son doigt par hasard il tomba dans la pâte
Un de ses anneaux de grand prix;
Mais ceux qu’on tient savoir le fin de cette histoire
Assurent que par elle exprès il y fut mis;
Et pour moi franchement, je l’oserais bien croire,
Fort sûr que, quand le prince à sa porte aborda
Et par le trou la regarda,
Elle s’en était aperçue.
Sur ce point la femme est si drue,
Et son oeil va si promptement,
Qu’on ne peut la voir un moment
Qu’elle ne sache qu’on l’a vue.
Je suis bien sûr encore, et j’en ferais serment,
Qu’elle ne douta point que de son jeune amant
La bague ne fût bien reçue.
On ne pétrit jamais un si friand morceau,
Et le prince trouva la galette si bonne
Qu’il ne s’en fallut rien que d’une faim gloutonne
Il n’avalât aussi l’anneau.
Quand il en vit l’émeraude admirable,
Et du jonc d’or le cercle étroit
Qui marquait la forme du doigt,
Son coeur en fut touché d’une joie incroyable;
Sous son chevet il le mit à l’instant,
Et son mal toujours augmentant,
Les médecins sages d’expérience,
En le voyant maigrir de jour en jour,
Jugèrent tous, par leur grande science,
Qu’il était malade d’amour.
Comme l’hymen, quelque mal qu’on ne dise,
Est un remède exquis pour cette maladie,
On conclut à le marier;
Il s’en fit quelque temps prier,
Puis dit : “Je le veux bien, pourvu que l’on me donne
En mariage la personne
Pour qui cet anneau sera bon.”
A cette bizarre demande,
De la reine et du roi la surprise fut grande;
Mais il était si mal qu’on n’osa dire non.
Voilà donc qu’on se met en quête
De celle que l’anneau, sans nul égard du sang,
Doit placer dans un si haut rang;
Il n’en est point qui ne s’apprête
A venir présenter son doigt,
Ni qui veuille céder son droit.
Le bruit ayant couru que pour prétendre au prince,
Il faut avoir le doigt bien mince,
Tout charlatan, pour être bienvenu,
Dit qu’il a le secret de le rendre menu.
L’une, en suivant son bizarre caprice,
Comme une rave le ratisse;
L’autre en coupe un petit morceau;
Une autre en le pressant croit qu’elle le rapetisse;
Et l’autre, avec de certaine eau,
Pour le rendre moins gros en fait tomber la peau;
Il n’est enfin point de manoeuvre
Qu’une dame ne mette en oeuvre,
Pour faire que son doigt cadre bien à l’anneau.
L’essai fut commencé par les jeunes princesses,
Les marquises et les duchesses;
Mais leurs doigts, quoique délicats,
Étaient trop gros et n’entraient pas.
Les comtesses, et les baronnes,
Et toutes les nobles personnes,
Comme elles tour à tour présentèrent leur main
Et la présentèrent en vain.
Ensuite vinrent les grisettes,
Dont les jolis et menus doigts,
Car il en est de très bien faites,
Semblèrent à l’anneau s’ajuster quelquefois.
Mais la bague, toujours trop petite ou trop ronde,
D’un dédain presque égal rebutait tout le monde.
Il fallut en venir enfin
Aux servantes, aux cuisinières,
Aux tortillons, aux dindonnières,
En un mot à tout le fretin,
Dont les rouges et noires pattes,
Non moins que les mains délicates,
Espéraient un heureux destin.
Il s’y présenta mainte fille
Dont le doigt, gros et ramassé,
Dans la bague du prince eût aussi peu passé
Qu’un câble au travers d’une aiguille.
On crut enfin que c’était fait,
Car il ne restait en effet
Que la pauvre Peau d’Ane au fond de la cuisine.
Mais comment croire, disait-on,
Qu’à régner le Ciel la destine ?
Le prince dit : “Et pourquoi non ?
Qu’on la fasse venir.” Chacun se prit à rire,
Criant tout haut : “Que veut-on dire.
De faire entrer ici cette sale guenon ?”
Mais lorsqu’elle tira de dessous sa peau noire
Une petite main qui semblait de l’ivoire
Qu’un peu de pourpre a coloré,
Et que de la bague fatale,
D’une justesse sans égale.
Son petit doigt fut entouré,
La cour fut dans une surprise
Qui ne peut pas être comprise.
On la menait au roi dans ce transport subit;
Mais elle demanda qu’avant que de paraître
Devant son seigneur et son maître,
On lui donnât le temps de prendre un autre habit.
De cet habit, pour la vérité dire,
De tous côtés on s’apprêtait à rire;
Mais lorsqu’elle arriva dans les appartements,
Et qu’elle eut traversé les salles
Avec ses pompeux vêtements
Dont les riches beautés n’eurent jamais d’égales;
Que ses aimables cheveux blonds
Mêlés de diamants, dont la vive lumière
En faisait autant de rayons,
Que ses yeux bleus, grands, doux et longs,
Qui pleins d’une majesté fière
Ne regardent jamais sans plaire et sans blesser,
Et que sa taille enfin si menue et si fine
Qu’avecque ses deux mains on eût pu l’embrasser,
Montrèrent leurs appâts et leur grâce divine :
Des dames de la cour, et de leurs ornements
Tombèrent tous les doux agréments (1).
Dans la joie et le bruit de toute l’assemblée,
Le bon roi ne se sentait pas
De voir sa bru posséder tant d’appâts;
La reine en était affolée,
Et le prince son cher amant,
De cent plaisirs l’âme comblée,
Succombait sous le poids de son ravissement.
Pour l’hymen aussitôt chacun prit ses mesures.
Le monarque en pria tous les rois d’alentour,
Qui, tous brillants de diverses parures,
Quittèrent leurs Etats pour être à ce grand jour.
On en vit arriver des climats de l’aurore,
Montés sur de grands éléphants;
Il en vint du rivage more,
Qui, plus noirs et plus laids encore,
Faisaient peur aux petits enfants;
Enfin de tous les coins du monde,
Il en débarque et la cour en abonde.
Mais nul prince, nul potentat,
N’y parut avec tant d’éclat
Que le père de l’épousée,
Qui d’elle autrefois amoureux
Avait avec le temps purifié les feux
Dont son âme était embrasée.
Il en avait banni tout désir criminel,
Et de cette odieuse flamme
Le peu qui restait dans son âme
N’en rendait que plus vif son amour paternel.
Dès qu’il la vit : “Que béni soit le Ciel
Qui veut bien que je te revoie,
Ma chère enfant”, dit-il et, tout pleurant de joie,
Courut tendrement l’embrasser;
Chacun à son bonheur voulut s’intéresser,
Et le futur époux était ravi d’apprendre
Que d’un roi si puissant il devenait le gendre.
Dans ce moment la marraine arriva
Qui raconta toute l’histoire,
Et par son récit acheva
De combler Peau d’Ane de gloire.
Il n’est pas malaisé de voir
Que le but de ce conte est qu’un enfant apprenne
Qu’il vaut mieux s’exposer à la plus rude peine
Que de manquer à son devoir;
Que la vertu peut être infortunée,
Mais qu’elle est toujours couronnée;
Que contre un fol amour et ses fougueux transports
La raison la plus forte est une faible digue,
Et qu’il n’est point de si riches trésors
Dont un amant ne soit prodigue;
Que de l’eau claire et du pain bis
Suffisent pour la nourriture
De toute jeune créature.
Pourvu qu’elle ait de beaux habits;
Que sous le ciel il n’est point de femelle
Qui ne s’imagine être belle,
Et qui souvent ne s’imagine encore
Que si des trois beautés la fameuse querelle
S’était démêlée avec elle, elle aurait eu la pomme d’or.
Le conte de Peau d’Ane est difficile à croire;
Mais tant que dans le monde on aura des enfants
Des mères et des mères-grands,
On en gardera la mémoire.

(1) Je n’ai pas osé corriger ce vers, qui est évidemment faux (9 syllabes). Une correction naturelle, qu’on fait souvent, serait “Tombèrent tous les agréments”. Mais, erreur de Perrault ou de l’imprimeur, on se demande alors d’où vient “doux”. Je pencherais plutôt pour un décasyllabe : “Tombèrent tous les plus doux agréments”, qui n’ôterait rien à ce qui est écrit, et nous épargnerait la peine d’entendre un vers boiteux.
Cette lecture est le fruit d’une collaboration avec mon ami Yaël Briswalter, qui a fait la ponctuation musicale sur la lecture que je lui ai envoyée. Elle est publiée simultanément sur le podcast de Lettres de l’Académie de Grenoble et sur la Voix du Savoir. L’enregistrement ne comporte pas d’effets sonores pendant la lecture comme ceux que j’ai faits précédemment. Le fichier est de type m4a (AAC Apple) avec une ressource graphique incluse. Si vous lisez le fichier avec Quicktime, un diaporama des illustrations de Gustave Doré défilera pendant la lecture. Vous pouvez obtenir le même résultat avec MPlayer : le démarrage sera plus rapide. Sous Linux, on se passe allègrement de Microsoft et d’Apple : utilisez MPlayer ou Xine (avec le codec AAC libquicktime-faac) via l’interface KMPlayer par exemple.
Le lecteur du site ne prend pas en charge le m4a : cliquez ici ou sur les liens ci-dessous pour écouter ou télécharger.
François Collard
Publié par
François Collard le 5 mai 2007

Loading ...
Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
Plotin est un philosophe né en 205 après J.-C. à Lycopolis, en Égypte, et mort en 270 à Rome. Il est l’auteur des Énnéades qui contient l’essentiel de sa philosophie. Il est considéré comme le fondateur de la pensée néoplatonicienne.
Biographie
Les connaissances que l’on a de la vie de Plotin sont principalement rapportées par Porphyre de Tyr, un de ses disciples. À l’âge de 28 ans, Plotin part étudier la philosophie à Alexandrie, auprès d’Ammonius Saccas, auprès duquel il restera 11 années. À 39 ans, il décide d’étudier les philosophies orientales et indiennes, et rejoint donc l’armée de Gordien III qui marche sur la Perse. Mais cette armée est vaincue et Gordien tué, si bien que Plotin doit, non sans difficultés, se réfugier dans la ville d’Antioche. Il s’installe ensuite à Rome, en 247 sous le règne de Philippe l’Arabe, et y enseigne la philosophie durant de nombreuses années, s’attirant la protection de l’empereur Gallien. Il semble fonder une école philosophique en Campanie, près de Naples. Il meurt à Naples en 270. Son disciple, Porphyre, qui joua un très grand rôle auprès de Plotin puisque c’est lui qui engagea son maître à écrire, s’est absenté, malade, en Sicile. À son retour, il édita l’œuvre du maître, puis continua de développer et publier la philosophie de Plotin.
Doctrine
Plotin enseigne qu’il existe un “Un”, suprême, totalement transcendant, y compris des concepts d’être et non-être. Ces notions (”être” et “non-être”) sont dérivés des objets de notre expérience humaine, mais Lui, l’”Un” infini et transcendant est au-delà de ces objets, et donc au-delà des considérations et catégorisations qui en sont dérivées; au-delà de langage, il est ineffable. L’être, ou l’existence est un attribut, et l’Un se trouve au-delà de ces attributs, puisqu’Il est à leur source.
L’Un n’est pas “n’importe quel existant”, ni la somme de ceux-ci, mais précède tous les existants.
L’Un a émané le reste de l’univers en tant que séquence d’êtres inférieurs. Si des sectateurs de Plotin, notamment Jamblique, ont tiré de là des centaines d’êtres intermédiaires comme émanations intermédiaires entre l’Un et l’humanité, la doctrine de Plotin est beaucoup plus simple.
L’Un ne contient ni division, ni multiplicité, ni distinction, ni changement. Dès lors, aucun attribut ne peut lui être assigné, pas plus que la pensée, car elle implique une distinction entre le penseur et l’objet de sa pensée. De même, ni la volonté, ni l’activité ne peuvent lui être imputées, car cela impliquerait également une distinction entre un “agent” de volonté ou d’agissement et son objet.
C’est cet “Un” qui est la source du monde, non par un acte de création, volontaire ou non, car l’activité ne peut être appliquée à ce “Un” immuable, donc immobile.
Plotin fait ici appel à un principe de logique, savoir que le “moins parfait” doit, nécessairement, émaner d’un “parfait” ou d’un “plus parfait”. Donc, toute “création” émane du Un en étapes successives (sans notion de temporalité) de moins en moins parfaites
Plotin offrait donc une alternative à la notion de creation ex nihilo, soutenue par les Juifs et les premiers Chrétiens, qui selon lui “affligeraient” Dieu des déliberations d’un esprit et des actions de la volonté. Au contraire, l’Emanatio ex Deo, confirme son absolue transcendance, faisant du déploiement cosmique une coïncidence de son existence. Ces émanations ne l’affectent en aucune manière, pas plus qu’elles ne le diminuent. Il ne se divise pas en une multitude d’êtres inférieurs, ni ne se morcelle. Plotin établit l’analogie avec le soleil dont émane la lumière sans qu’il n’en soit diminué, ou avec un reflet, qui ne diminue en rien l’objet reflété.
La première émanation est le Noüs (la “Pensée”), que Plotin identifie avec le démiurge platonicien, évoqué dans Timée. Du Noüs émane l’”Ame du monde”, que Plotin divise en niveaux “inférieur” (la “Nature”), et “supérieur”. De l’Ame du monde émanent les âmes humaines, et enfin la matière, degré le plus bas d’être et de perfection.
Cependant, bien que le monde matériel soit au plus bas de cette “procession”, Plotin critique le dédain professé par les gnostiques pour la matière. Au contraire, elle est de nature divine, puisqu’émanant du Noüs et de l’Ame du monde.
La nature religieuse de la philosophie de Plotin est également illustrée par le concept d’union avec l’Un dans l’”exstase”, à laquelle Plotin serait parvenu plusieurs fois sur le temps que Porphyre étudia avec lui, aux dires de ce dernier.
La parenté avec l’illumination, la libération, l’union mystique est évidente.
Le néoplatonisme fut quelquefois utilisé comme support philosophique du paganisme, comme moyen de défense contre le christianisme. Pourtant, c’est dans le christianisme qu’il obtint la plus grande audience, influençant Augustin d’Hippone, l’un des premiers Pères de l’Église, et d’autres. Le Néoplatonisme est à ce point rattaché à la chrétienté que l’auteur du Fons Vitae, Avicebron fut pris pour un Chrétien alors qu’il s’agissait d’un Juif, Salomon ibn Gabirol. La place du néoplatonisme dans le christianisme est centrale : le pseudo-Denys, fondateur de la théologie négative, reprend indirectement Plotin via Proclus. Du Pseudo-Denys, on peut alors remonter à Thomas d’Aquin qui le cite comme référence mystique la plus autorisée, mais aussi, quoiqu’indirectement, à la mystique rhénane (Maître Eckard, Tauler, Suso)
La procession
* L’Un
* L’Intellect
* L’Âme
* La matière
La conversion
Intermédiaire entre le monde intelligible et le monde sensible, l’Âme peut se retourner vers sa source pour la contempler et en jouir. En se détournant du monde matériel et à travers l’expérience esthétique, puis la conversion philosophique, elle peut s’élever jusqu’à la contemplation de l’Un.
Publié par
François Collard le 2 mai 2007

Loading ...

Le muguet, ou muguet de mai (Convallaria majalis) est une plante herbacée des régions tempérées dont les fleurs printanières, petites et blanches, forment des grappes de clochettes très odorantes.
Selon la classification classique, il fait partie de la famille des Liliacées.
Selon la classification phylogénétique, il fait partie de la famille des Ruscaceae ou des Asparagaceae (qui l’avait d’abord placé dans la famille des Convallariaceae).
Description
Le muguet est une plante vivace, qui se multiplie dans les sous-bois grâce à son rhizome traçant. Chaque brin de muguet (ou hampe) est entouré de deux feuilles. Les fleurs sont toutes disposées du même côté de la hampe. En automne, le muguet donne des fruits sous la forme de petites baies rouges.
Caractères généraux et habitat
* La plante est herbacée, vivace et se multiplie facilement grâce à son rhizome traçant. Elle est glabre.
* On trouve la plante en sol calcaire : dans les bois, les haies ainsi que dans les pâturages de montagne (jusque 2000m). On la trouve également dans les jardins humides et ombragés, cultivée ou subspontanée. Elle forme souvent un tapis lâche.
* On le trouve à peu près partout en France, à l’exception des régions méditerranéennes. On le trouve à travers tout l’hémisphère Nord dans les régions tempérées fraîches en Asie, en Europe et en Amérique du Nord.
* La floraison a lieu entre avril et juillet. L’idéal symbolique voudrait que la fleur fleurisse pour le 1er mai mais il n’est que rarement exaucé. Il arrive même que la plante soit fanée à cette date.
Racine et tige
* Le muguet a donc un rhizome traçant qui se caractérise par une ramification assez développée. On parle d’un rhizome rameux. Celui-ci est en outre couvert de racines.
* La tige unique est une hampe dressée qui supporte une grappe de fleurs. Cette hampe est glabre.
* Si la hampe peut paraître grande par rapport à l’ensemble de la plante mais celle-ci ne mesure que de 10 à 20 cm de haut, rarement plus.
* La tige n’est jamais ramifiée.
* A la base de la tige, on peut voir des membranes, souvent brunies ou violacées, qui l’engainent.
* La tige a tendance à être décombante, c’est-à-dire qu’elle penche plus ou moins fortement.
Les feuilles
* De cette gaine, deux feuilles entières se dressent, rarement trois. Chez le muguet, les feuilles sont donc toutes basales. On peut distinguer une feuille inférieure et une feuille supérieure presque opposée, légèrement enveloppée par la précédente.
* Elles sont pétiolées mais paraissent sessiles. Le pétiole de la feuille supérieure est enveloppé par la feuille inférieure et le pétiole de cette dernière est enveloppé par la gaine basale.
* Le limbe est vert foncé, plutôt mat. Sa forme varie entre le lancéolé et l’ovale allongé. Les feuilles se finissent généralement en pointe, parfois la terminaison est plus arrondie (forme elliptique).
* La feuille est garnie de nombreuses nervures parallèles convergeant aux deux extrémités. Chaque feuille mesure de 10 à 20 cm de long.
L’inflorescence
* L’inflorescence est donc une grappe terminale portée par l’unique hampe. Les fleurs ne sont disposées que d’un côté. La grappe accompagne le mouvement penché de la tige.
* Une grappe est composée au maximum de 20 fleurs mais généralement on ne compte pas plus d’une dizaine de fleurs épanouies.
* Chaque fleur est portée par un pédicelle. Les fleurs inférieures ont un pédicelle plus grand que celui des fleurs terminales. Aucun ne dépasse 1 cm. Notons qu’il est accompagné d’une bractée membraneuse à peu près moitié moins longue.
* La fleur est blanche, parfois rosée. Le périanthe a la forme d’une clochette (forme campanulée) longue de 6 ou 7 mm en moyenne. Cette clochette est issue de la soudure des 6 tépales pétaloïdes sur la moitié de leur longueur. Sur l’autre moitié, chaque demi tépale est libre et forme une languette triangulaire recourbée vers l’extérieur.
* Chaque fleur contient 6 étamines et bien sûr un style. L’ovaire est supère, surplombant réellement les étamines. Le muguet est hermaphrodite.
* Les fleurs dégagent une odeur pénétrante caractéristique qui est recherchée en parfumerie.
Le fruit
* La fructification a lieu de juillet à octobre.
* Le fruit est une baie sphérique, lisse et rouge vif (orangé quand la maturité n’est pas encore complète.)
* Un fruit contient 2 à 6 graines.
* Les fruits sont particulièrement toxiques.
Utilisations par l’Homme
Dans chacune des utilisations, il est très important de se souvenir que toutes les parties de la plante sont très toxiques. Le muguet est classé parmi les plantes à haute toxicité.
Utilisation médicale
Le muguet est une plante toxique (présence d’hétérosides cardiotoniques, entre autres la convallatoxine, la convallamarine et la convallarine). L’effet est de ralentir le rythme cardiaque et d’augmenter la pression artérielle. Comme beaucoup d’autres plantes toxiques, à dose adéquate elle a des propriétés pharmacologiques, et a été utilisée dans le traitement de maladies cardiaques particulières. Attention, son usage domestique est à proscrire du fait de son inintérêt et du danger mortel qu’il ferait courir. La convallatoxine a une action proche de la digitaline, pour avoir une idée de la réelle toxicité.
Utilisation en parfumerie
* C’est en parfumerie que le muguet est surtout connu, même s’il y est rarement utilisé sous sa forme naturelle. Dès le XVIe siècle, le muguet était un parfum apprécié, notamment des hommes, puisque le terme muguet a servi à désigner jusqu’au XIXe siècle un jeune homme élégant. Aujourd’hui on l’utilise dans les parfums féminins comme note de cœur, mais sous forme synthétique, le terpinéol (ou terpinol) étant un excellent succédané.
* Le muguet, en soliflore, a fait la célébrité du parfum Diorissimo, créé en 1956 par Edmond Roudnitska.
* Le muguet est souvent utilisé comme parfum de savon.
Utilisation ornementale
Usage domestique
* La plante se cultive facilement en jardin, du moment que celui-ci soit frais et ombragé. C’est alors une jolie plante d’ornement. Il est toutefois conseillé d’ôter les fleurs fanées avant qu’elles ne fructifient, surtout quand des enfants sont susceptibles d’avoir accès au jardin. Les baies de muguet, arrivées à maturité ou non, sont très jolies, très appétissantes. Elles ressemblent réellement à de petits bonbons du commerce, avec la grande toxicité en plus.
* On peut bien sûr cueillir les brins fleuris pour la composition de bouquets. C’est une plante idéale pour un vase soliflore où son inflorescence délicate est mise en valeur. Néanmoins, la présence de muguet dans une pièce trop fermée est malsaine : elle provoque des maux de tête parfois graves. Autre phénomène perfide, l’eau du vase dans lequel le muguet a trempé est rapidement contaminée et devient à son tour très toxique …
Symbolique
* Les noces de muguet symbolisent les 13 ans de mariage dans le folklore français.
* Le 1er mai, on offre traditionnellement du muguet « porte-bonheur » car il fleurit toujours aux alentours de cette date. Cette tradition est très présente, notamment en France et en Belgique. Pour certains, seuls les brins de muguet ayant spontanément et naturellement 13 fleurs portent bonheur.
* D’après le langage des fleurs, le muguet signifie « retour de bonheur »
* Depuis 1982, le muguet est la fleur nationale de la Finlande.
Histoire
Le muguet est cultivé de façon intensive dans la région nantaise pour répondre à la demande d’une nombreuse clientèle qui l’achète le 1er mai. On fait remonter cette tradition du muguet du 1er mai à la Renaissance, Charles IX en ayant offert autour de lui en 1561 comme porte-bonheur. Le muguet fleurit quand vient le printemps, c’est donc une plante idéale pour célébrer le printemps, les beaux jours qui reviennent et pour attirer les bonnes grâces pour de futures bonnes récoltes. Ce n’est qu’au début du XXe siècle qu’il sera associé à la Fête du travail, qui date elle-même de 1889. En fait, sous Pétain, la fête des Travailleurs devient la fête du Travail et l’églantine rouge, associée à la gauche, est remplacée par le muguet. La vente de muguet dans les rues remonte pour sa part aux environs de 1936. Les particuliers et les associations ont le droit de vendre du muguet le 1er mai (en plus des fleuristes) en France.
Les appellations
Étymologie
Le nom latin de la plante indique qu’elle pousse en mai dans les vallées. On l’appelle d’ailleurs parfois lys des vallées, formulation que l’on retrouve dans son nom anglais « lily of the valley ». Quant à son nom français, connu dans les textes depuis 1200 sous la forme mugue ou musguet, c’est un dérivé de musc, sans doute une altération de muscade, en raison du parfum de la fleur.
Noms vernaculaires
Comme toutes les plantes réputées, Convallaria majalis a une multitude de noms. Outre muguet de mai citons :
* Muguet des bois
* Clochette des bois, grelot, grillet. Ces noms rappellent la forme campanulée de la fleur. Clochette des bois est, par ailleurs, un sobriquet spontané pour diverses plantes.
* Lys ou (Lis) de mai, Lys ou (Lis) des vallées. Des noms qui donnent de la majesté à la plante.
* Amourette
* Gazon de Parnasse. Une légende veut qu’Apollon ait tapissé le Mont Parnasse de muguet pour que les muses ne se blessent point.
* Larmes de sainte Marie
(Musique : J-S Bach, sonate en sol mineur, transcrite pour hautbois de la sonate pour viole de gambe BWV 1029, et jouée par Gonzalo X. Ruiz. Enregistrement disponible à Magnatune).
Publié par
François Collard le 1 mai 2007
Next Posts
Previous Posts